LES PARIEURS ET LE MUAY THAI (2010)

Special report by Serge TREFEU

 

En Thaïlande les jeux d’argents sont « officiellement » interdits sauf la loterie nationale qui est gérée par l’état. Mais c’est un paradoxe énorme car un grand nombre de thaïlandais sont fou de jeux. Les thaïs paris sur tout, les matches de football, les combats de coq, les poissons de combat, les courses de chevaux, les combats de taureau, le Muay Thai…

Le Muay Thai est ancré dans la culture de ce pays, la commission de la culture encourage sa promotion, l’enseignement du Muay Thai dépend du ministère de l’Education et l’armée gère ce sport avec ferveur. Mais malheureusement, aujourd’hui,  sans les « paris » la boxe thaïe ne serait pas autant développée. Dans ce pays le Muay Thai et les parieurs (Khon Len Panan) sont indissociables. Et ont peu dire que les paris (Panan) font vivre la boxe thaï. Parmi les milliers de spectateurs qui remplissent tous les grands stadium, seule une minorité de vrai passionné ne parie pas. Ils viennent vraiment pour encourager les boxeurs. La majorité des spectateurs sont des parieurs qui bien souvent n’aiment pas la boxe. Et si les paris n’existaient pas on ne les verrait jamais dans les stadium…

Car sans être boxeur le Muay Thai offre aussi le moyen pour certaines personnes de sortir de la misère. Un pari gagné sur un match important dans un grand stadium de la capitale peut rapporter une fortune et changer une vie. Les paris peuvent aussi engendrer l’inverses, ruiner des vies…

Pour les parieurs occasionnels, les plus nombreux, les sommes en général ne dépassent pas les 500 bahts. Dans les deux grands stadium de Bangkok, le Lumpinee et le Radja, les petits parieurs (entre 500 et 5000 bahts) sont aux troisièmes étages. Aux deuxièmes étages ce sont les parieurs plus importants qui misent plus de 5000 bahts. Mais pour les gros professionnels du pari qui jouent régulièrement, les sommes dépassent souvent les 100 000 bahts parfois elles atteignent le million de baths. Des gros parieurs, souvent des riches hommes d’affaires, ont carrément des hommes dans les stadium qui parient pour eux. L’une des plus grosse somme mise en jeux sur un combat, jusqu’à maintenant a été de 4 millions de baths !

Tout les dimanches les combats retransmis du stadium TV7 à la télévision sont regardés par 20 millions de personnes. Et pratiquement 20 millions de parieurs qui mise en moyennent 100 bahts sur un match cela fait des millions de bahts qui sont joués, un busines énorme !

En Thaïlande la boxe Thai c’est comme le PMU en France. Lors des matchs retransmis à la télévision, dans tout le pays, les parieurs se réunissent dans des salles et suivent en direct le match et les cotes (Rahka). Ils sont informés du prix des parieurs dans le stadium grâce à des personnes qui leurs commentent en direct l’évolution des paris. Ces personnes se trouvent dans les stadium avec sur eux des dizaines de téléphones portables. Cela leur permet d’indiquer aux quatre coins du pays la cote des boxeurs qui changent sans cesse. Bardés de téléphones c’est un bon busines pour eux car ils sont payés pour chaque téléphone, environ 4000 bahts par mois.

La cote se fait aussi par rapport au palmarès du boxeur avant le match. Les parieurs suivent tous les matchs importants, ils ont des journaux spécialisés (10 en Thaïlande) qui annoncent les pronostics des combattants favoris ou pas favoris. Parfois les parieurs se renseignent officieusement sur l’état du boxeur en demandant à l’entraineur ou à des proches. Alors quelques fois des fausses rumeurs sont lancées pour déstabiliser les parieurs. Ces infos peuvent être bonnes ou mauvaises…

Beaucoup de boxeurs en activités ou à la retraites paris souvent aussi. Même des grands champions s’adonnent au vice du jeu, le plus célèbre et gros parieur est l’ancienne star des rings Somrack Khamsing. Les parieurs sont essentiellement des thaïlandais mais ont trouvent exceptionnellement quelques rares étrangers qui parient. Comme Nash Ular boxeur professionnel qui vit en Thaïlande et l’ancien champion Stéphane Nikiéma parient de temps en temps. Mais pour devenir un parieur assidu il faut arriver à comprendre le mécanisme compliqué des paris du Muay Thai, cela demande du temps…

Tout d’abord il faut connaître le comptage des points lors d’un match. En Thaïlande le comptage n’est pas le même qu’en Europe.

Voici l’équivalence des points pour chaque coup touché :

- Coup de poing = 1 demi point

- Direct, gauche + droite = 1 point

- Low Kick = 1 point

- Genou dans la jambe = 1 point

- Genou au corps = 2 points

- Middle = 2 points

- High Kick = 2 points

- Coup de coude = 2 points

- Projection = 5 points

- Front Kick = 0 points

- Coup bloqué = 0 points

- Coup spécial = 30 points (très rare)

Les coups spéciaux rapportent le plus de points car ils sont difficiles à placer en combat. On compte environ dix coups spéciaux qui sont pour les plus importants le coup de coude retourné, le coup de genoux sauté à la tête, le middle sauté à la tête, le coup de pied circulaire retourné (« Jorakhe Fad Hang », crocodile balaie sa queue) à la tête, le coup de pied direct sauté à la tête. 

Il faut bien préciser que les « coups spéciaux » sont extrêmement rare, en faite ces points ne sont attribués que dans les grands stadium du Lumpinee et du Radja. Par exemple lors d'un grand combat, un boxeur réussi un coup spécial du style « Jorakhe Fad Hang » (coup de pied circulaire sauté à la tête) en touchant bien son adversaire, les juges, impressionnés, peuvent donner beaucoup de point pour ce coup difficile à placer en combat. Et la note est à la libre appréciation du juge, elle peut être de 10, 20 voir jusqu'à 30 points...

 

Certains coup « fantaisie » sont au contraire compté en point négatif. Par exemple, le « special roulette » que le grand champion Seanchai Sor Kingstar tente à chaque fois dans ses combats est compté – 5. Car le boxeur met son poing à terre pour s’appuyer et réalisé sa technique et lorsque le poing d'un boxeur touche le sol du ring c'est 5 points en moins (Seanchai se permet cette fantaisie car il est souvent en avance au comptage)...

 

Un boxeur qui est compté par l’arbitre perd 5 points à chaque comptage. Par exemple s’il est compté jusqu’à 8, il perd 40 points.

Sur n’importe quelle chute, même si le boxeur glisse sur un glaçon laissé sur le ring, il perd 5 points.

 

Il faut savoir que le boxeur est aussi jugé sur sa condition physique, sur le style du muay thai qu'il utilise, sur sa bonne défense, son attaque et sur sa détermination...

 

Tout les parieurs connaissent parfaitement le comptage lors d’un combat et peuvent calculer facilement les points pour trouver leur favori. Les parieurs déterminent les boxeurs par leur couleur et non par leur nom de combattant. Le coin rouge (Sii Deeng) et le coin bleu (Sii Namgneun). Lorsque le combat démarre, suivant le boxeur qui marque ses points, la côte commence. Par exemple si le boxeur au coin rouge dès le premier round touche son adversaire avec plusieurs middle et que le bleu ne riposte pas, c’est le rouge qui est favori. A la fin du combat, les points sont additionnés. Mais selon les stadium les points sont comptés différemment. Par exemple pour les stadium du Radja et de la TV7 ce sont les deux premiers rounds qui sont favorisés. Au stadium du Lumpinee c’est plus les trois derniers rounds. Au Lumpinee, c’est le nombre de round gagné qui est pris en compte. Par contre au Radja et à la TV7 c’est le nombre de point gagné qui est pris en compte. Avec seulement deux rounds ou même un round puissant (ex : 40 points marqués), dans un match serré, le boxeur peut gagner au Radja et à la TV7 !

 

Exemple pour un match serré :

 

                            Boxeur coin rouge                       Boxeur coin bleu

1er round :         marque 10 points                        marque 9 points

2ème round :     marque 10 points                        marque 9 points

3ème round :     marque 10 points                        marque 9 points

4ème round :     marque 5 points                          marque 10 points

5ème round :     marque 10 points                        marque 9 points

TOTAL :              45 points                                        46 points

Le boxeur au coin rouge a gagné le 1er, le 2ème, le 3ème et le 5ème round donc 4 rounds gagnés mais il n’a que 45 points alors si c’est au stadium du Radja ou TV7, il perd le match. En effet le boxeur au coin bleu n’a gagné que le 4ème round mais il a marqué 46 points donc il gagne le match. Si c’était au Lumpinee c’est le boxeur au coin rouge qui gagne avec 4 rounds gagnés…

Si un boxeur prend un KO pas besoin de comptage on sait qui a gagné.  Par contre si le combat se termine par un match nul les paris sont annulés. Mais certains parieurs peuvent anticiper et parier sur un match nul. Souvent la cote pour le match nul est de 5 contre 1.

En général les parieurs aiment les matchs où la cote est serrée, 5 contre 4 et 10 contre 9 sont les cotes les plus serrées. Dans un combat ou les deux boxeurs sont du même niveau, l’un peut mener les premiers rounds, puis être touché et se faire compter, ensuite revenir dans le match. Donc le résultat final va être un comptage serré, et la cote a changé plusieurs fois durant le match. Les parieurs qui ont misé sur le boxeur favori et ceux qui ont misé sur le non favori ont presque chacun autant de chance de gagner…

Alors dans un stadium plein à craqué, le premiers round, les parieurs débutent leurs échanges timidement jusqu’à atteindre aux quatrièmes rounds une effervescence impressionnante. Si le match a eu beaucoup de retournement de situation, la cote à changé aussi pendant les rounds. On retrouve alors une ambiance équivalente qui règne dans les « Salles de Bourse à la crié », d’ailleurs c’est un peu pareil, « on achète », « on vend »…

Les parieurs qui choisissent le favori l’indiquent en mettant le dos de la main au dessus (Favori : Pen To = au dessus). Pour le boxeur qui perd au pointage qui n’est donc pas favori, les parieurs qui le choisissent l’indiquent en mettant la paume de la main vers le ciel (Pas favori : Pen Loung = en dessous). Après chaque parieur détermine sa cote grâce à des signes qu’ils connaissent par cœur. Si par exemple un parieur a choisi le favori et qu’il veut parier une cote à 5 contre 1 ou 5 contre 4. Il montre sa main ouverte, cinq doigts écartés. Le parieur qui veut miser avec lui donc pour le non favoris l’indique en montrant la paume de sa main avec les cinq doigts écartés pour parier à 5 contre 1. Celui qui choisit le favori prend toujours le risque de miser plus. Pour une cote à 5 contre 1, s’il gagne, il ne gagne que 500 bahts par contre s’il perd c’est 2500 bahts qu’il a perdu. Celui qui a misé pour le non favori s’il gagne, lui il gagne 2500 bahts et s’il perd, il ne perd que 500 bahts. Cette différence de gain misé entre le favori et le non favori est logique car le boxeur favori est toujours plus facile à déterminer. Le risque de perdre est moins grand lorsque l’on mise sur un favori. Par contre la cote peut être plus serrée et la mise moins importante pour celui qui joue le favori. Par exemple, pour une cote à 5 contre 4, le parieur pour le favori montre sa main ouverte, cinq doigts écartés et le parieur qui mise le non favori montre la paume de sa main avec les 5 doigts ouvert sauf le pouce (4 doigts). Le parieur pour le favori s’il gagne il gagne 400 bahts mais s’il perd, il perd 500 bahts. Et le parieur pour le non favori s’il gagne, il gagne 500 bahts et s’il perd, il perd 400 bahts. Là, le parieur pour le favori a pris un peu plus de risque mais pas autant qu’une cote à 5/1 ou il peut perdre 2500 bahts au lieu de seulement 500 bahts pour une cote à 5/4.

LES SIGNES DES MAINS POUR LES COTES SONT :

 

 

L’argent n’est pas mis en jeu visuellement, c’est fictif. Cela se passe à la parole. Et pour déterminer la mise il y a aussi des signes particuliers. Par exemple pour  miser 200 bahts, le parieur fait signe avec 2 doigts puis montre son index. Pour miser 2000 bahts, le parieur fait signe avec 2 doigts puis montre son pouce.  Pour miser 20 000 bahts, le parieur fait signe avec 2 doigts puis montre son poing…

Pour les petites sommes d’argent elles sont échangées de suite après la fin du combat dans le stadium. Mais pour les sommes importantes, en général, les parieurs attendent la fin de l’événement pour faire leur compte dans un coin tranquille. Les mauvais payeurs dans les grands stadium sont très rares car ils sont immédiatement rayés du circuit des parieurs. Bien que les paris soient « officieux » les mauvais parieurs sont carrément arrêtés par la police. Et leurs photos, comme des délinquants recherchés, est misent sur un tableau devant l’entrée des stadium du Lumpinee, du Radja et d’Omnoi !

Les meilleurs parieurs arrivent à parier lors d’un match avec plusieurs parieurs à la fois avec des cotes différentes. Ce sont de véritable phénomène car ils arrivent à se rappeler de chaque parieur avec qui ils ont misé, de chaque somme qu’ils ont proposé, de la cote qu’ils ont indiqué et en même temps ils calculent les points des boxeurs qui combattent. On peut les comparer aux courtiers dans les bourses à la criée qui font un peu le même style d’exercice de vente aussi difficile !

Merci à Nash Ular qui nous a ouvert les portes secrètes du monde très fermé des parieurs !

 

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